Contraintes

Cette page ne saurait remplacer les listes de contraintes très complètes sur les sites Oulipo, Zazipo, Fatrazie, Gef. Ci-dessous figurent seulement quelques contraintes dont la définition est difficile à trouver ailleurs.

Acronyme itéré
La contrainte de l’acronyme consiste à choisir un mot et le traiter comme s’il était un acronyme. On parle d’acronyme itéré lorsque ceci est répété tout le long d’un texte, dont chaque mot débute tour à tour par l’une des lettres du mot acronyme. (Cette terminologie m’a été soufflée par Gilles Esposito-Farèse.)
Exemple sur ce site: « Arme lourde, éveil puni »

Alpharime
Il s’agit d’ouliporimes alphabétiques : une terminaison invariable est précédée tour à tour de chacune des lettres de l’alphabet, ou d’une partie de celui-ci. Cette contrainte très étudiée sur la liste Oulipo a notamment été explorée par Gérard Le Goff en se restreignant aux 20 consonnes, la consonne prenant dans ce cas le nom de « G20″.
Exemples :
sur ce site: « le bateleur »
sur le site de Gilles Esposito-Farèse (qui fournit à cette occasion un historique des expérimentations de cette contrainte) : « Cour jus »

Belle absente
Poème composé en l’honneur d’une personne d’un sexe ou de l’autre. Le poème comporte autant de vers que les lettres du nom de la (ou du) destinataire (comme dans l’acrostiche). L’on s’interdit d’utiliser dans le premier vers la première lettre du nom, dans le deuxième vers la deuxième lettre, et ainsi de suite. Toutes les autres lettres de l’alphabet (à l’exception des lettres k,w,x,y,z dont l’usage reste libre) doivent au contraire être présentes dans chaque vers.
Exemples:

Biconsonantisme
Nicolas Graner  et Gilles Esposito-Farèse ont donné des démonstrations magistrales de monoconsonantisme, textes où une seule consonne est utilisée, dont Nicolas distingue en définissant ce terme une version « phonétique » (seul le son compte) s’opposant à la forme  « littérale » illustrée par Gilles.
On peut par extension définir le « biconsonantisme » dont « Le dol à Dole » est un exemple, phonétique, où les deux consonnes s’alternent systématiquement. Dans ce cas on peut parler de « biconsonantisme phonétique alterné », terminologie proposée par Nicolas.
Exemple sur ce site: « Le dol à Dole » .

Bigollo
Leonardo Fibonacci ne s’est jamais de son vivant nommé ainsi : il se faisait appeler Leonardo Bigollo ou Leonardo Pisano. En hommage à ce mathématicien important -c’est notamment lui qui introduisit en Europe les chiffres arabes- cette forme est intitulée « bigollo » ce qui signifie en Italien « Vagabond ».
Ces poèmes sont basés sur la suite de Fibonacci(3,5) dont les premiers termes sont:
3 – 5 – 8 – 13 – 21 – 34 – …
(chaque terme étant la somme de ses deux prédécesseurs). Le quotient de deux termes successifs se rapproche de plus en plus du nombre d’or, proportion idéale des anciens.
Les longueurs des vers de ces poèmes sont données par les premiers éléments de cette suite. Ces textes sont formés de suites à départ décalé, de plus en plus courtes. Le vers de longueur 5 sert de refrain. On trouve des bigollos simples (3-5-8-3-5-3),  grands (3-5-8-13-3-5-8-3-5-3),  très grands (3-5-8-13-21-3-5-8-13-3-5-8-3-5-3).
Exemples sur ce site: voir notamment le recueil «Vagabondages» .

Clotilde
Clotilde est le titre d’un poème  d’Apollinaire, auquel est empruntée cette forme inventée par Annie Hupé. Le clotilde est un poème en trois strophes de quatre vers: trois de 7 syllabes et le dernier de 8 syllabes.
Les rimes sont croisées, respectant généralement l’alternance (quelques exceptions se rencontrant dans la première strophe).
Le premier vers du poème a la structure « L’a… et l’a… » où chacun des deux mots commençant par « a » est un substantif de trois syllabes prolongées par un e muet..
Il est d’usage de ne pas mettre de majuscule au titre.
Très proche de cette forme, la Clotilde qu’on trouve sur ce site s’en distingue par la contrainte assouplie sur le premier vers, remplacée par exemple par « S et S » où les deux S sont des substantifs, précédés ou non d’un article, parfois « S+A et S+A » un peu dans l’esprit de la morale élémentaire.
Exemples de Clotildes sur ce site: «avant/après», «bishnoï», «Alleg, Mandela»

Contrainte harmonique
L’idée est de renverser une coutume chez les musiciens de rendre hommage à l’un d’eux en écrivant un morceau dont le thème est obtenu en transformant son nom en notes de musique. Des exemples célèbres sont «Bach» et «Fauré». Deux méthodes existent, celle sur «Bach» n’autorisant pas une correspondance pour toutes les lettres, celle sur «Fauré» la permettant: j’ai utilisé cette dernière. La correspondance est la suivante (on reconnaît dans la première colonne la notation anglo-saxonne des notes):
la: a,h,o,v
si: b,i,p,w
do: c,j,q,x
ré: d,k,r,y
mi: e,l,s,z
fa: f,m,t
sol: g,n,u
Ici, on part d’un air musical (composé ou emprunté à une oeuvre connue) et on applique la correspondance dans l’autre sens. C’est comme si on mettait des paroles sur l’air en question. Diverses variantes sont envisageables:
– contrainte dure : pour chaque syllabe, soit elle commence par l’une des lettres associées à la note, soit sa voyelle est l’une de ces lettres.
– contrainte molle : chaque syllabe contient l’une des lettres associées à la note.
– décomposition vocalo-consonantique proposée par Gilles Esposito-Farèse: celui-ci, qui n’utilise que les lettres classiques de a à g, impose la contrainte, soit sur la voyelle, soit sur la consonne suivant immédiatement la voyelle qui précède: par exemple DCBA permet « Don/C sa/Bo/rdA ».
Cette contrainte n’est pas sans rappeler une proposition, « Ravelation », envoyée sur la liste Oulipo par Elisabeth Fullerton et Rachel O’Connor en 1997. Leur système plus sophistiqué tenait aussi compte de la longueur des sons et la correspondance note-lettre était très différente.
Exemples sur ce site: « Chanson à boire avec modération« , « clinamen à l’harmonie« , « Une Marseillaise harmonique« .
Autres exemples: « Didon, digne femme… » et « Ô si pur » de Gilles Esposito-Farèse.

Contrainte téléphonique
On utilise un très grand nombre N. La contrainte s’impose successivement à cetaines lettres qui doivent être choisies parmi les 3 lettres de la touche d’un clavier téléphonique correspondant au chiffre suivant du nombre  N:
2=a,b,c ; 3=d,e,f ; 4=g,h,i ; 5=j,k,l ; 6=m,n,o ; 7=p,q,r,s ; 8=t,u,v
Selon la variante, les chiffres 0,1,9 sont soit laissés libres, soit égaux à w,x,y,z, soit imposer les mêmes lettres que le chiffre 1 à 8 précédent.
Dans la variante dure ceci s’impose à chaque lettre du texte. Ainsi, dans la Sonate à Bell-Meucci, le premier vers « Rital naïf » vient du début du nombre N= »748291243609873120363192… » par la correspondance
7=r 4=i 8=t 2=a (9=l) (1=n) 2=a 4=i 3=f
Des variantes douce (chaque syllabe doit comporter une lettre respectant la contrainte), « acrotéléphonique » (la première lettre de chaque mot respecte la contrainte; terme suggéré par Gilles Esposito-Farèse), « consonantique » (chaque consonne phonétique respecte la contrainte) ont été explorées.
Exemples sur ce site:  «Sonate à Bell-Meucci» .

Girondeau
Martin Granger a proposé sur la liste Oulipo une forme qu’il a intitulée le girondeau, dont il donne la description suivante:
« Le girondeau partage quelques caractéristiques avec le rondeau, mais comporte 11 vers et 66 syllabes ainsi réparties :
un premier vers de 11 syllabes
un second de 10, un troisième de 9 etc., jusqu’au 11e vers d’une syllabe.
le huitième vers est un refrain reprenant les quatre syllabes du premier vers
et à part ça on conserve les deux rimes du rondeau, masculin / féminin, et tout »
Exemples sur ce site: vague d’argent.
Sur la liste Oulipo, Martin a donné un exemple initial

Harmonique
Voir Contrainte harmonique

Idiot pur
Cas particulier d’acronyme itéré.
Vous prenez un texte source. Exemple:
« Il est dangereux et interdit de se pencher hors des fenêtres ».
Vous choisissez un mot ou un groupe de mots clé. Exemple: « SNCF ».
Vous remplacez à tour de rôle chaque première lettre des mots du texte source par les lettres du mot clé. Dans l’exemple ci-dessus:
« sl nst cangereux ft snterdit ne ce fencher sors nes cenêtres »
A ce stade, on est en présence d’un acronyme itéré, mais sa signification est en général peu claire…
Vous dérivez un troisième et dernier texte en remplaçant chaque mot du précédent par un mot le moins éloigné possible du précédent (contrainte « molle »), mais en conservant la première lettre (contrainte « dure »). Exemple:
« Seuls nos congénères, fort stupides, nient, crient, fâchés sans nous connaître. »
Exemples sur ce site: « gorge se perce » , « rire d’acrodora« 


Jeu de la vie
Le jeu de la vie est un célèbre automate cellulaire inventé par Conway en 1970, dans lequel des cellules d’un quadrillage « naissent » ou « meurent » selon des règles préétablies, et dont les représentations graphiques sont souvent magnifiques.
On propose ici une contrainte « jeu de la vie », version de cet automate appliquée aux voyelles (a,e,i,o,u) d’un texte, et dans laquelle la mort d’une voyelle est remplacée par sa transformation en la voyelle suivante. On prendra pour exemple les voyelles de la phrase « J’appuyais tendrement mes joues contre les belles joues de l’oreiller qui, pleines et fraîches, sont comme les joues de notre enfance. » C’est la première phrase du deuxième paragraphe du Côté de chez Swann. On obtient la liste de voyelles suivante:
auaieeeeoueoeeeeoueeoeieuieieeaieooeeoueeoeeae
Cette liste va évoluer de façon synchrone, chaque voyelle se modifiant en fonction de ses deux voisines selon la règle suivante:
xyx -> x (qui doit se lire « dans xyx le y devient un x) si x et y différents
yyy -> y’
yyx -> y
xyy -> y
xyz -> y’
où y’ est le suivant dans la liste des voyelles (a -> e -> i -> o – > u -> a). La ligne 1 correspond à une naissance, les lignes 2 et 5 à une mort, les 3 et 4 à un statu-quo.
Pour les voyelles du bout, on considère que l’une de ses voisines est « vide » et donc différente de toutes les voyelles.
Dans l’exemple ci-dessus on obtient les cinq premières évolutions que voici:
auaieeeeoueoeeeeoueeoeieuieieeaieooeeoueeoeeae
eaeoeiieuaieeiieuaeeeieiaoieeeeoiooeeuaeeeeeei
ieieiiiiaeoeeiiiaeeieeioeuoeiieuoooeeaeeiiiieo
oieiiooieieeeioieeeeeeouiauiiiiaouoeeeeeiooiiu
uoiiioooieeieoioeiiiieuaoeaiooieuoueiiieoooiia
Il reste plus à habiller le texte avec des consonnes et on obtient un poème en prose.
Une variante autorisant la rime consiste à appliquer les mêmes règles mais en imposant les voyelles à l’extrémité droite des lignes.
Exemples sur ce site: «Le sang des plumes» et «On ne naît pas femme» (avec rimes).
Autre exemple : Le sonnet «El juego de la vida», nouvelle variante d’El Desdichado, a été composé en appliquant le Jeu de la vie par Nicolas Graner, Gilles Esposito-Farèse et moi et publié sur la liste Oulipo le 9 janvier.

Orthophonie
On dit qu’un mot «bégaye» lorsqu’une syllabe ou un groupe plus important de lettres est répété. Par exemple «assassin» ou (trois fois !) «calcalcalin» Ces particularités ont été discutées à plusieurs reprises sur la liste oulipo, qui a aussi considéré des textes bégayants, comme le «Sot sonnet né à la Lescure ès curieux yeux», un sonnet bégayant proposé par Gilles Esposito-Farèse.
L’orthophonie consiste à retirer tous les bégaiements rencontrés dans un texte.
Exemples sur ce site: «Une journée à Boueilho-Lasque» , «grandeur et dénuement» .
Exemple fourni par Gilles sur son sonnet bégayant cité plus haut: «Sonnet à laisses (curieux)»

Pissenlit
Il s’agit d’écrire un texte selon une structure fractale analogue à celle illustrée par la figure ci-dessous. Chaque phrase comporte, dans l’ordre, un substantif, un adjectif, un verbe, un substantif et un adjectif: nommons les S1, A2, V3, S4, A5. Et chaque phrase possède cinq phrase filles: la fille 1 partage le même S1; la fille 2 le même A2, etc. Ces filiations sont matérialisées par les indentations du texte. Chaque S, A ou V est utilisé tout au long d’une chaîne de filiations, et en revanche ne figure nulle part ailleurs dans le texte. Pour être un vrai fractal, le processus devrait être infini. Dans la réalité l’auteur s’arrête au bout d’un nombre fini d’itérations : charge reste au lecteur de compléter à l’infini par son imaginaire.

pissenlit

Exemples sur ce site: «Le cheval rouge» .

Quatre-san-ku
Petit amusement chambérien. Ecrire un haïku en utilisant exclusivement quatre lettres choisies dans l’alphabet.
[ D'où le nom: quatre (lettres) sur 3 (san en japonais) vers formant un (haï)ku --- rien à voir avec la fontaine des éléphants à Chambéry ]

Exemples sur ce site: plusieurs exemples sur la page «Quatre-san-ku» .

Sonate
Une sonate est un poème subdivisé en mouvements, chacun associé à une variante d’une même contrainte. On y trouve au minimum un vivace, associé à une forme « dure » de la contrainte, un adagio à une contrainte « douce » et un vivace à une autre contrainte dure, souvent « consonantique » (la contrainte s’applique seulement aux consonnes). On peut encore trouver un scherzo, etc.
Exemples sur ce site: «Sonate quatorzine» , «Sonate à Bell-Meucci» .

Téléphonique
Voir Contrainte téléphonique

Twaïku
Cette contrainte fait partie de mes exercies « outwipiens ». Il s’agit d’une forme respectant au mieux la proportion 5-7-5 d’un haïku tout en réalisant un twoosh. C’est donc un poème de trois vers comportant exactement 140 caractères (blancs et typographie inclus), avec de plus:
– vers de 40 caractères, puis 58 et enfin 40 (on y ajoute les deux sauts de lignes pour obtenir un total de 140);
– vers de 11 syllabes, puis 15 et enfin 11.
Exemples sur ce site: Le premier est «des arbres s’enracinent» , mes autres twaikus étant consignés dans le recueil  «Fugitifs» .

Vocabulaire limité
Lancée initialement par Jean-Charles Meyrignac sur la liste Oulipo, cette contrainte consiste à écrire un texte en utilisant un vocabulaire restreint. Les propositions de listes de mots peuvent être très diverses, citons en particulier celle suggérée par Gilles Esposito-Farèse de la liste des mots les plus fréquents établie par eduscol, dont il a notamment extrait les cent premiers:
Adjectifs : autre, grand, même, petit, tout.
Adjectif numéral : deux.
Adverbes : alors, aussi, bien, encore, là, même, ne, pas, peu,
plus, si, tout.
Conjonctions : comme, et, mais, ou, quand, que, si.
Déterminants : au, ce, de, du, le, leur, mon, notre, quelque,
son, ton, un, votre.
Pronoms : ça, ce, celui, dont, elle, en, il, je, le, lui, me,
moi, nous, on, où, que, qui, rien, se, te, tout, tu, vous, y.
Prépositions : à, avec, dans, de, en, par, pour, sans, sous, sur.
Substantifs : chose, femme, homme, jour, main, mari, mer, temps,
vie, yeux.
Verbes : aller, avoir, devoir, dire, donner, être, faire,
falloir, mettre, parler, passer, pouvoir, prendre, savoir,
trouver, venir, voir, vouloir.
Comme dans un magasin de bricolage on utilise une base de peinture blanche à laquelle on incorpore un pigment coloré, j’ai suggéré d’utiliser cette liste comme « base » et de lui adjoindre selon les textes réalisés une second liste restreinte apportant une « couleur ». Ainsi dans « El nocturno vocabulario » j’ai ajouté la liste des mots figurant dans le texte de Jacques Jouet présenté par le site Zazie mode d’emploi dans sa rubrique « l’Oulipien de l’année ».
Exemples sur ce site: « passer la mer » (sur le seul vocabulaire de base), « El nocturno vocabulario » (coloré par « La nuit » de Jacques Jouet)
Autres exemples : plusieurs sur la liste Oulipo sous l’objet « nouvelle contrainte », et utilisant la liste ci-dessus: Deux exemples de Gilles Esposito-Farèse, et une proposition d’Alain Hupé.

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