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Dernier haïku dans Hydrea:
brouillard au vent cède
les poings se lèvent les têtes
et la terre gronde

 

14 juin : Lancement de la coupe du monde en Russie.

des footballeurs dit-on s’affrontent
chez le dictateur au cœur noir
sur l’écran je mets l’éteignoir
que les gagnants boivent leur honte

4 juin : Anniversaire du massacre de la place Tien An Men.

Place nette

par      le      plus   beau    juin la      nuit prend  place
tanks    tout    de     go      1    sang    dû   le     tien
et       courent mille  tombent 9    meurent 3    quel   an 
armes    contre  jeunes par     8    fois    au   pleur  men
blanches heures  tués   nus     9    0       4    gisent là

Voir la page de ce poème dans laquelle on trouvera également reproduit un poème d’Alain Chevrier, source du présent texte.

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Dernier texte dans le recueil Systoles ( 9 juin ) :

l’homme étrange

j’ai vers l’homme étrange
tendu fort mes bras
des fleurs à sa frange
cordes au front ras
de sa jambe oblique
clocher je le vis
à travers fabrique
clocher et parvis

des lumières tristes
guirlandes mais sans sapins
de toutes parts rampent

fenêtre en silence
à chaque mur s’entrouvrant
fenêtre jalouse

des mains du métèque
chaînes sonnaillant
d’un fer blanc sans grecque
or du mécroyant
d’un coup son œil brille
étoile dansant
à son rire en trille
étoile de sang

et dans le soir d’encre
je chante et le vieil infirme
danse gauchement

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Dernier texte dans le recueil Ouvrir ( 10 juin ) :

échappée

ce n’était qu’un oiseau
il partit un printemps
il a traversé l’eau
a suspendu le temps

ce n’était qu’un oiseau
il est parti léger
frêle esquif en roseau
petit dans le danger

ce n’était qu’un oiseau
qu’une ombre qui s’enfuit
échappant au museau
des spectres de la nuit

ce n’était qu’un oiseau
qu’on canarde et qu’on frit
il franchit le réseau
sans un pleur sans un ri

ce n’était qu’un oiseau
sur la route virait
l’homme à l’œil en biseau
l’homme du coup fourré

ce n’était qu’un oiseau
ce n’était qu’un paumé
la ville était schizo
le bourg était camé

sans savoir se parler
un piaf un mafioso
ensemble ont décollé
ce n’était qu’un oiseau

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Dernier texte dans le recueil Oripeaux ( 14 et 15 juin ) :

Défense de « Et en même temps »

L’éphèbe, récemment en l’Elysée enté
Tel père révérend pénètre en presbytère,
Des lexèmes déments renfle en prêche sévère,
Et les serfs ébétés cherchent le sens prêté.

En ce vent déferlé, ce lemme répété,
Cet « Et en même temps », semble effet de clystère.
Excédés, les lettrés le rejeter espèrent
Et jettent en scellés ce schème détesté.

Et en même temps, frère, effervescent rebelle,
Je rejette l’excès : cette sentence est belle !
Elle met en reflet le réel et l’envers.

Empêchez stryge et sphynx de préempter ce texte,
Cet élément de rêve, et d’en prendre prétexte.
Et j’entends fermement le semer en mes vers.

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Pars, amant non haï

Va, m’aimant trop, mal,
Voir jaillir du sang.
Là du Turc vaincs bal,
Bas soudards chassant.

Si dans ta main, fol,
J’avais mis mon doigt,
Y mourrais. Ô, vol !
Suis sort qu’un Cid doit.

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Avec mon amante

Avec mon amante,
Des rêves sevrés
– Si beaux sous la tente –
On s’est séparés.

Mettrait-on cabale,
Paris fous, fatwa,
En aurions que dalle…
Bouteille, ouvre-toi !

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Ô femme qui passe

Ô femme qui passe
mon rêve te suit
ombre sur ta trace
en humant ta nuit

deuil baisse la tête
de peur d’être roi
moi pauvre prophète
même aimant j’ai froid

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Journal

15 mai : Pour la nouvelle édition de La Ronde, sur le thème des souvenirs, j’accueille avec joie Hélène Verdier :

FAUX-DORMANTS

À mesure que je précisais l’itinéraire, c’était comme si je l’avais déjà suivi et je n’avais même plus besoin de consulter l’ancienne carte d’état-major. Mais était-ce vraiment le bon chemin ? Dans vos souvenirs se mêlent des images de routes que vous avez prises et dont vous ne savez plus quelles provinces elles traversaient. *

SOUVENIRS DORMANTS

Patrick Modiano

2017

* explicit du roman.

Les autres textes en italiques sont extraits

de la première phrase de chaque chapitre.

ronde-mai-2018-Illustration-Helene-Verdier

Un jour…

un ami m’a offert un livre. Un roman.

J’ai longtemps…

accroché aux branches des arbres, qui seraient forcément d’une seule espèce, celle des pins noir d’Autriche, des souvenirs, uniques ou répétés, portés par des couleurs, des odeurs, qui parfois peut-être n’ont jamais existé, transfiguration ? et par extension, « si tu te figures que… »

Vers…

quinze ans, j’ai lu, « Adieu mes quinze ans » de Claude Calame, enterrant déjà avant achèvement tout le temps écoulé, dans une routine bercée de 7 ans de lycée, de préaux, de sonneries, de saisons, de vacances, de chemins empruntés vers le col de l’exil pour entre plaine et montagne du Languedoc,

Le moment de la journée que je préférais…

et que je préfère toujours, c’est le petit matin, celui de la sortie des limbes, où l’on se reconnait, recollant les morceaux des rêves de la nuit déjà en partie oubliés, parmi lesquels parfois je retrouve les maisons d’autrefois, celles où j’ai vécu et la cour du lycée — lycée Georges Clémenceau ou les affres du bac —

Elle…

est ma mère dans sa robe d’été bleue à pois blancs, adossée à un arbre, un sourire aux lèvres inscrit dans une photographie en noir et blanc,

Geneviève, (…). Et cela pour l’éternité…

Geneviève, dit-il, …

j’ai beau chercher, je n’ai pas connu de Geneviève, sauf peut-être, au temps de l’ORTF, l’actrice Geneviève Page ? Le prénom n’était pas porté dans la famille, (trop parisien peut-être ?).

Geneviève (…) régulièrement,

Geneviève encore — associée à l’éternité, et au régulier des jours —

À partir du jour où…

Chez…

Mais je n’ai pas attendu le jeudi suivant pour « en savoir plus »…

Six ans plus tard…

Je tente de remettre de l’ordre dans mes souvenirs…

Je devais voir une dernière fois…

Au cours de cette période de ma vie…

Juin. Juillet 1965…

Nous franchissions rarement la frontière du côté sud…

mon père disait qu’il ne franchirait jamais la frontière espagnole tant que Franco était au pouvoir en Espagne. Un jour, bien longtemps après cet événement, vers 1998, nous avons pris la voiture et sommes allés à Cadaquès. Lumière blanche et falaises de pierre verte sur la mer. Il était vieux, malade, anxieux et, assez vite, il a voulu repartir. Plus tard, il a raconté inlassablement cette épopée à qui voulait l’entendre. Discordance des temps.

Le soir…

Un après-midi…

Je me demande si le souvenir lointain et confus d’un après-midi d’été…

en ce mois juillet 1968, nous sortions des amphithéâtres enfumés, gavés de discours verbeux, chats aveuglés par la lumière de l’été, enivrés par l’air de la montagne de Bédarieux. Les moniteurs des centres d’entrainement aux méthodes actives et spécialistes des dynamiques de groupe qui encadraient ce drôle ce stage — quelle obscure raison m’avait donc conduite là ? — nous avaient pourtant bien prévenus, le troisième jour était le plus difficile. Le troisième jour la crise était au rendez-vous au motif du partage inéquitable de la cueillette collective des fraises des bois. Alors chacun s’en retourna chez ses parents, sur le champ, sagement. Paradoxe du temps, c’est ici que s’acheva l’enfance.

L’année dernière…

Bien qu’elle n’ait jamais été identifiée…

Entre les pages d’un roman…

comme des marque-pages, j’ai trouvé des mots. Avec ces mots j’ai tenté de construire la menuiserie toujours inachevée des dormants et faux-dormants souvenirs qui ne dorment que d’un œil dans un silence de cathédrale, les souvenirs font semblant. Tout semble enfoui. Parfois je gratte les alvéoles, à moins qu’ils ne s’imposent à l’occasion quand surgissent des mots ou des images.

Je tente de remettre de l’ordre dans mes souvenirs (bis)…

Travail en cours.

Voir la page de ce poème

Au même moment paraissait dans la Ronde mon poème « Trois amis » en acrostiche sur un poème de Paul Eluard, publié sur le site de Jacques « La vie de Joseph Frisch » et qu’on peut également lire ici.

9 mai : La décision démentielle de Donald Trump de déchirer l’accord international sur l’Iran sonne comme un camouflet aux prétentions du président français.

Freluquet se pensait le maître de l’enfer
Et croyait des leçons donner à Lucifer
Celui-ci caressant de sa patte de fer
Son fessier lui aura branle cuisant offert

1er mai : Début d’un nouveau recueil « Systoles », rassemblant « des poèmes pour une humanité dont le cœur battrait ». L’ouverture de ce recueil le jour de la fête du travail est de très heureux augure. Un premier poème :

Les souvenirs d’une mère

Je me souviens…

Elle reste pensive un instant, pressant contre son sein la tête bouclée de son tout petit.

Je me souviens qu’avec ce chauffe-biberon mal réglé, ce serait prudent de verser sur le dos de la main une goutte de lait pour contrôler la température.

Je me souviens que les bretelles de ta salopette glisseraient sans arrêt et qu’il faudrait à l’aiguille faire un point pour les fixer.

Je me souviens que ta maîtresse vous aurait fait confectionner un cadeau de fête des mères avec un rouleau vide de papier Q.

Je me souviens que ton numéro de sécurité sociale commencerait par 1 puisque tu es un garçon, et qu’une copine s’en serait vexée.

Je me souviens que les yaourts avec de vrais morceaux de fruits, que tu détesterais, ne comportent aucun colorant artificiel.

Je me souviens des enceintes bluetooth dont tu m’expliquerais en vain l’utilisation.

Je me souviens qu’il est interdit de démonter le silencieux de son scoot ; que tu aurais essayé ; que dans le commissariat l’agent de service aurait souri gentiment devant ma honte.

Je me souviens que tu n’aurais pas le droit d’entrer au lycée avec un jean troué.

Je me souviens que pour Halloween un déguisement de Jack O’Lantern pourrait chercher dans les 40 euros mais qu’on pourrait se débrouiller soi-même pour bien moins cher.

Je me souviens de tes caresses et du surnom que tu m’aurais inventé.

Je me souviens qu’on pourrait aller jusqu’à six dolipranes par vingt-quatre heures.

Je me souviens que le carré de l’hypoténuse serait égal si je ne m’abuse à la somme des carrés des deux autres côtés.

Je me souviens qu’on ne mettrait pas les coudes sur la table en mangeant.

Je me souviens des capotes découvertes dans ton tiroir, et de ta colère en apprenant que je l’aurais ouvert.

Je me souviens de la caution solidaire et de cette page inintelligible que je devrais recopier entièrement à la main lors de la signature du bail du petit appartement dans lequel tu emménagerais.

Je me souviens qu’à ta première embauche tu m’expliquerais tout sur la période d’essai mais que tout à mon bonheur je n’écouterais rien.

Je me souviens que cette fille déjà venue la veille serait juste une copine et qu’on aurait bien le droit de recevoir des amis quand même !

Je me souviens de ton rire de triomphe lorsque tu brandirais devant moi la médaille que tu aurais ramenée du cross régional.

Je me souviens que tu aurais peur du noir et que je laisserais une petite lumière.

Je me souviens…

Le jeune soldat lui touche doucement le bras. Elle laisse reposer la tête aux grands yeux étonnés. Elle regarde le fonctionnaire visser le couvercle du petit cercueil blanc.

Elle se retourne pour s’éloigner, très lentement, pressant sur son cœur le tricot de laine que bigarre une tache brunâtre.

Voir la page de ce poème

1er mai : Les travailleurs manifestent leur colère.

brouillard au vent cède
les poings se lèvent les têtes
et la terre gronde

 Suivez ce lien pour retrouver les dates plus anciennes dans la page «journal».


L’ambigramme du mot Oulipo est l’œuvre de Basile Morin. Je recommande la visite de son beau site.